l’Extermination des Juifs

Le terme Shoah (hébreu : השואה, « catastrophe ») désigne l’extermination par l’Allemagne nazie des trois quarts des Juifs de l’Europe occupée, soit les deux tiers de la population juive européenne totale et environ 40 % des Juifs du monde, pendant la Seconde Guerre mondiale ; ce qui représente entre cinq et six millions de victimes selon les estimations des historiens. Ce génocide des Juifs constituait pour les nazis « la Solution finale à la question juive » (die Endlösung der Judenfrage). Le terme français d’Holocauste est également utilisé et l’a précédé. Le terme « judéocide » est également utilisé par certains pour qualifier la Shoah.

L’extermination des Juifs, cible principale des nazis, fut perpétrée par la faim dans les ghettos de Pologne et d’URSS occupées, par les fusillades massives des unités mobiles de tuerie des Einsatzgruppen sur le front de l’Est (la « Shoah par balles »), au moyen de l’extermination par le travail forcé dans les camps de concentration, dans les « camions à gaz », et dans les chambres à gaz des camps de la mort.

L’horreur de ce « crime de masse » a conduit, après-guerre, à l’élaboration des notions juridiques de « crime contre l’humanité » et de « génocide », utilisé postérieurement dans d’autres contextes (génocide arménien, génocide des Tutsi, etc.). Une très grave lacune du droit international humanitaire a également été complétée avec l’adoption des Conventions de Genève de 1949, qui protègent la population civile en temps de guerre.

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L’extermination du peuple juif durant la Seconde Guerre mondiale se distingue par son caractère industriel, bureaucratique et systématique, qui la fait rester à l’heure actuelle unique dans l’histoire de l’humanité. Paroxysme d’unantisémitisme européen à la très longue histoire, ce génocide a voulu éliminer radicalement la totalité d’une population qui ne représentait aucune menace militaire ou politique pour les bourreaux. Les femmes, les bébés ou les vieillards furent tout aussi systématiquement traqués et voués à la mort de masse que les hommes adultes. En particulier, 1 500 000 enfants furent victimes de l’anéantissement. L’extermination physique des Juifs fut aussi précédée ou accompagnée de leur spoliation systématique (aryanisation) et de la destruction d’une part considérable de leur patrimoine culturel ou religieux.

Perpétré sur l’ordre d’Adolf Hitler, le crime a été principalement mis en œuvre par la SS et le RSHA dirigés par Heinrich Himmler, ainsi que par une partie de la Wehrmacht, et par de nombreux experts et bureaucrates du IIIe Reich. Il a aussi bénéficié de complicités individuelles et collectives dans toute l’Europe, notamment au sein des mouvements collaborationnistes d’inspiration fasciste ou nazie, et de la part de gouvernements ou d’administrations ayant fait le choix de la collaboration d’État. Les passivités ou les indifférences de beaucoup ont aussi indirectement aidé à son accomplissement. Mais parallèlement, de nombreux anonymes désintéressés, parfois honorés de la distinction de « Justes parmi les Nations » se sont dévoués pour sauver des persécutés.

Le Troisième Reich a aussi exterminé en masse les handicapés mentaux (leur gazage massif lors de l’aktion T4 a précédé et préfiguré celui des Juifs d’Europe), les Tziganes (Porajmos), et les populations slaves notamment polonaises, mais seul le massacre des Juifs a été conduit avec acharnement jusqu’aux derniers instants du Reich.

La Shoah constitue l’un des événements les plus marquants et les plus étudiés de l’histoire contemporaine. Son impact moral, culturel et religieux a été immense et universel, surtout depuis sa redécouverte à partir des années 1960-1970. À côté de l’investigation historique, la littérature de la Shoah offre quelques pistes aux nombreuses interrogations posées à la conscience humaine par la nature et l’horreur exceptionnelles du génocide.

De grandes rafles synchrones sont menées à travers tout le continent européen pour alimenter les camps d’extermination nouvellement construits.
Rafle d’enfants conduits au train de déportation, Pologne.

Le processus est partout similaire. Les Juifs de tous âges et de tout sexe sont traqués et raflés chez eux, sur leurs lieux de travail, et jusque dans des orphelinats, des hôpitaux, des asiles d’aliénés ou des maisons de retraite. Beaucoup répondent simplement, surtout au début, aux convocations qui leur sont adressées, par peur, par légalisme, par absence d’alternative, ou dans l’ignorance de ce qui les attend.

Dans des conditions généralement très sordides, hommes, femmes, enfants et vieillards sont parqués dans des lieux qui font office d’antichambre des camps de la mort nazis : Drancy en France, la caserne Dossin à Malines en Belgique, Westerbork aux Pays-Bas ou encore Fossoli en Italie sont parmi les plus célèbres.

Conduits à une gare, les déportés sont partout entassés brutalement dans des wagons à bestiaux délibérément surchargés, dans une promiscuité éprouvante et des conditions sanitaires dégradantes, sans presque rien à manger ni à boire. L’angoisse est accrue par l’ignorance de la destination (« Pitchipoï », comme l’appellent les détenus de Drancy) et l’incertitude quant à ce qui attend à l’arrivée, même si peu s’imaginent la mise à mort industrielle. Le voyage est épouvantable, et plus ou moins long (de quelques heures à une ou deux journées pour les Juifs polonais, trois à quatre jours en moyenne depuis la France, plus de deux semaines pour certains convois de Grèce). Il n’est pas rare que des déportés finissent par boire leur urine ou par lécher leur sueur. Certains meurent en route, d’autres deviennent fous ou se suicident (parfois collectivement). Rares sont ceux qui tentent une évasion, par peur des représailles collectives, par absence de lieu de refuge ou pour ne pas se séparer des leurs, enfin par ignorance de leur sort futur. Ce sont des êtres déjà épuisés et ravagés qui arrivent aux centres de mise à mort.

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Des représentants de la Reichsbahn étaient présent à la conférence de Wannsee. Les compagnies ferroviaires nationales, dont la SNCF, n’ont jamais manifesté de réticences particulières à faire circuler ces trains, pas plus que leurs employés (même si des cheminots eurent des gestes de compassion, ou transmirent aux proches les ultimes billets jetés des convois). Les frais des transports étaient payés sur les biens volés aux Juifs, qui se trouvaient ainsi financer leur propre envoi à la mort. En revanche, contrairement à une affirmation fréquente, rien ne prouve que les nazis aient systématiquement donné la priorité aux convois de déportation sur les convois militaires ou d’importance vitale pour le Reich.

Les convois (un millier de personnes en moyenne) sont intégralement gazés s’il s’agit d’un camp d’extermination. Dans les camps mixtes d’Auschwitz-Birkenau et de Maidanek, une minorité est désignée à l’arrivée pour le travail forcé et découvre brutalement l’horreur concentrationnaire. En général, l’extermination par le travail forcé ne leur laisse pas plus de quelques semaines ou de quelques mois à survivre. Ainsi, seuls 7 % des Juifs de France désignés pour le travail forcé ont vu la fin de la guerre.

L’été 1942 est particulièrement fatidique, avec les grandes rafles de Juifs presque simultanées qui marquent l’Europe occupée.

Au cours de cet été 1942, en effet, 300 000 Juifs du ghetto de Varsovie sont déportés en masse à Treblinka et aussitôt gazés. Le premier transport part de l’Umschlagplatz le 21 juillet.

Le 15 juillet 1942, 1 135 Juifs d’Amsterdam convoqués « pour aller travailler en Allemagne » sont aussitôt déportés les premiers à Auschwitz. La cadence des rafles et des convois est telle que dès septembre 1943, les Allemands proclament la capitale néerlandaise judenrein (libre de Juifs). Sur 120 000 Juifs hollandais, 105 000 ont été déportés à Auschwitz et Sobibor, dont 5 500 seulement ont survécu. 80 % de cette brillante communauté sépharade présente depuis le XVIIe siècle a donc été anéanti.

Les 16 et 17 juillet, à la demande des Allemands, les forces de l’ordre du régime de Vichy arrêtent 13 152 Juifs étrangers au cours de la rafle du Vel’ d’Hiv, parmi lesquels 3 031 hommes, 5 802 femmes et 4 051 enfants. Internés à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, ils sont pour l’essentiel déportés dans les deux mois qui suivent.

D’autres rafles et déportations sans retour ont lieu en zone nord dans les mêmes temps. Le 15 juillet, 200 Juifs sont ainsi arrêtés à Tours, 66 à Saint-Nazaire. À Angers, le Sipo-SD agissant seul en arrête 824 le 20 juillet 1942. À Lille, le 15 septembre, 526 personnes sont déportées : 25 reviendront. À Bordeaux, le préfet régional Sabatier et son secrétaire général pour la Gironde Maurice Papon font partir le 18 juillet un premier convoi de 172 personnes: 10 autres suivront jusqu’au 5 juin 1944, totalisant 1 560 victimes.

Bien qu’aucun soldat allemand ne soit présent en zone sud, le gouvernement français accepte, cas unique en Europe occupée, de livrer des Juifs qui y résident, qu’ils soient puisés dans les très durs camps d’internement de Gurs, Noé, Récébédou, Les Milles, ou bien qu’ils soient victimes de la grande rafle du 26 août 1942 perpétré à Lyon, Toulouse et autres grandes villes méridionales (5 885 Juifs étrangers arrêtés et déportés). Entre le 6 août et le 15 septembre, 3 456 internés des camps et 913 travailleurs extraits de 18 GTE (groupements de travailleurs étrangers) sont également déportés à Drancy puis Auschwitz.

Un exemple de camp : Auschwitz-Birkenau 

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À Auschwitz-Birkenau, l’emploi de zyklon B (qui tue 36 fois plus rapidement que le monoxyde de carbone) est testé sur des prisonniers soviétiques dès le 3 septembre 1941. Début 1942, le commandant du camp, Rudolf Höss, reçoit verbalement l’ordre deHimmler de faire du camp, idéalement situé à un nœud ferroviaire, le principal centre de l’extermination des Juifs déportés de toute l’Europe. Plusieurs fours crématoires y sont construits, associant les chambres à gaz à des fours crématoires de grande capacité destinés à faire disparaître les corps.
La tour de la Mort à l’entrée de Birkenau.

Le premier train de victimes françaises part ainsi à Auschwitz le 28 mars 1942, le premier transport de Juifs de Salonique le 20 mars 1943, le premier de Rome le 16 octobre 1943, cinq semaines après l’occupation de l’Italie, et le premier convoi de Hongrie le 15 mai 1944.

Avec le démantèlement des autres camps d’extermination fin 1943, Auschwitz devient le principal lieu d’accomplissement du génocide. Sur plus de un million de personnes qui y sont assassinées, 90 % sont juives, de tous les pays.

Même si seul un sixième des victimes de la Shoah y a trouvé la mort, c’est donc à bon droit qu’« Auschwitz » en est venu à désigner par métonymie l’ensemble du génocide. D’autant que ce camp de concentration et d’extermination, le plus vaste de tous, a laissé des vestiges importants et un certain nombre de survivants, au contraire des principaux camps d’extermination, démantelés et rasés, qui ne comptent aucun survivant hors quelques évadés et miraculés (deux rescapés contre plus de 150 000 gazés à Chelmno, quatre contre 650 000 morts à Belzec).

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À partir de juillet 1942, une « sélection » a lieu à l’arrivée de chaque nouveau convoi de déportés. Sur un geste de la main des SS préposés au tri, les déportés valides sont réservés au travail forcé. Ceux jugés inaptes au travail sont immédiatement conduits à la chambre à gaz : bébés, enfants, vieillards, infirmes, femmes enceintes, personnes trop âgées, ou simplement celles qui portent des lunettes ou avouent exercer une profession intellectuelle voire un métier non-manuel.

Dans ses mémoires, Rudolf Höss estime qu’au moins les trois quarts des déportés périssaient dès l’arrivée, dans la chambre à gaz, dont la majorité des femmes, et bien sûr la totalité des enfants, vieillards et handicapés. A l’en croire, plus de gens étaient sélectionnés pour le gazage pendant l’hiver, où le camp de concentration avait besoin de moins de main-d’oeuvre.

De façon perverse, les déportés sélectionnés sont conduits aux chambres à gaz sur des paroles rassurantes, et sont persuadés de se déshabiller et d’entrer dans la pièce pour y prendre une douche – mais à la moindre tentative de résistance ou au moindre doute, c’est avec la dernière brutalité qu’ils sont forcés d’y entrer et de s’y entasser. Les victimes meurent en quelques minutes après la fermeture des portes et la diffusion du gaz mortel. Celles qui se trouvent le plus près de l’endroit par où sort le gaz périssent les premières. Beaucoup sont gravement blessées ou meurent piétinées dans les bousculades vaines au cours desquelles les victimes cherchent généralement à forcer les portes ou se disputent les coins où il reste encore un peu d’air.
Alliances volées aux Juifs tués.

Le Sonderkommando, composé de détenus en majorité juifs et périodiquement liquidés, est chargé d’incinérer les cadavres après avoir récupéré les cheveux et les dents en or. La réduction des victimes en cendres aussitôt dispersées traduit la volonté des nazis de détruire jusqu’à la moindre trace de l’existence des Juifs sur la terre. Des centaines de train conduisent dans le Reich les biens volés aux assassinés, après stockage à la section dite « Canada » du camp. Les cheveux des victimes sont utilisés pour faire des vêtements. En revanche, la confection de savon à partir de la graisse humaine des incinérés relève de la légende.

Particulièrement nombreuses donc en 1942, les rafles de Juifs continuent à intervalles réguliers dans pratiquement tous les pays d’Europe, jusqu’à la fin de l’occupation allemande ou de la guerre.

En règle générale, les Juifs travaillant pour des entreprises allemandes (notamment dans l’armement) sont déportés en dernier, ainsi que les privilégiés des Conseils juifs. En 1943-1944, les revers militaires et le besoin de main-d’œuvre obligeront les nazis à mettre à part un certain nombre de « Juifs de travail » (Arbeitsjuden) dans des camps de travail assez durs, mais où leur mort n’est pas recherchée et leur déportation au moins retardée.

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L’extermination par le travail forcé

Les camps de concentration nazis ont été un enfer rarement égalé dans l’histoire humaine. Par un processus systématique et pervers de déshumanisation de leurs victimes, les SS et les kapo visaient à détruire leur personnalité et leur vie en un temps très bref, au moyen de la sous-alimentation, des coups, de l’absence d’hygiène et du travail forcé.
Les traitements inhumains ne laissaient aux déportés qu’un laps très court à vivre : en 1942, un déporté d’Auschwitz a trois mois en moyenne d’espérance de survie. Sur quatre trains de plus de 1 000 Juifs tchèques chacun arrivés du 17 au 25 avril, et qui n’ont pas connu de sélection pour les gaz à l’arrivée, on ne compte pourtant au 15 août que 182 survivants.

Raul Hilberg note que l’extermination par le travail, avec ses sommets de cruauté, n’a cependant constitué qu’une part réduite de la Shoah. Même à Auschwitz, sur 200 000 internés juifs, il n’a été enregistré « que » 90 000 décès. L’extermination par le travail forcée a donc dix fois moins tué que le gazage de 865 000 personnes dans le même camp.

Séparés de leurs familles (souvent seuls survivants ou presque si les autres membres ont été déjà tués par gazage), les déportés juifs qui ont échappé à la première sélection à l’arrivée sont spoliés de tous leurs biens et de tout souvenir personnel, intégralement tondus, privés de leur nom et affublés d’un uniforme rayé et d’un matricule par lequel ils seront seul appelés. Ils sont exploités dans des usines de guerre au profit de la SS qui les « loue » aux entrepreneurs à des prix dérisoires : c’est ainsi que le géant chimique IG Farben par exemple se compromet gravement dans l’exploitation des déportés d’Auschwitz. Ils peuvent aussi être employés à des travaux absurdement inutiles (creuser des trous rebouchés chaque soir, porter et rapporter des pierres d’un endroit à l’autre…). Ils sont exposés à la sous-alimentation systématique et aux traitements sauvages de kapos souvent recrutés parmi les criminels de droit commun.
Ceux qui faiblissent deviennent des « Musulmans » (détenus mentalement et physiquement épuisés) rejetés par leurs codétenus et exposés à la liquidation par lesmédecins SS au Revier (infirmerie) du camp ou à la sélection pour la chambre à gaz.

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Les rares survivants (en général ceux qui ont été déportés dans les derniers, à un moment où le Reich en péril prolonge un peu plus la vie de sa main-d’œuvre servile) doivent pour s’en sortir s’endurcir moralement, passer inaperçus, avoir beaucoup de chance, travailler dans des kommandos moins pénibles et moins périlleux.

Le procès de Nuremberg fut intenté contre 24 des principaux responsables du régime nazi, accusés de complot, crime contre la paix, crimes de guerre et crime contre l’humanité. Il se tint à Nuremberg du 14 novembre 1945 au 1er octobre 1946.Dès avant la fin de la guerre, l’idée de juger les responsables du conflit est évoquée, notamment aux réunions de Téhéran (1943), Yalta (1945) et Potsdam (1945) : les puissances alliées décident que les chefs du régime nazi devraient être jugés, et que le tribunal représenterait les principaux États victorieux : URSS, États-Unis, Royaume-Uni et France.

Sources:
-textes:
           http://haute-tension-omega.blogspot.fr
-images:
           http://haute-tension-omega.blogspot.fr
           http://fr.clearharmony.net
           http://torange-fr.com
                http://pyepimanla.com

 



1 commentaire

  1. lavoixdesmots 29 juin

    TERRIFIANT moment de notre Histoire à tous !

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